Dans
le Sud du Vietnam, dans la province de Ca-Mau, lors de la saison des
pluies, les larges pleines fertiles se retrouvent inondées.
C'est l'heure de transporter les buffles, qui permettent de labourer
les rizières à la belle saison, vers des contrées
moins hostiles et pourvues d'herbes grasses. Un jeune garçon
du nom de Kim aide ses parents et mène les buffles pour un
long voyage où il doit rapporter un peu d'argent pour aider
son vieux père et sa vieille mère à vivre. Mais
ses projets ne tournent pas comme prévu. Il ne tire aucun profit
et perd même un des buffles. De plus, il tombe amoureux de la
femme de son ami, Det. Revenant vers sa famille il doit affronter
la mort de son père qu'il ne peut enterrer durant la saison
des pluies et doit se contenter d'une cérémonie aquatique
en attendant mieux.
Inspiré par les nouvelles classiques, Scent of the Ca-Mau
Forest de Son Nam, un des écrivains vietnamiens les
plus distingués, Le gardien de buffles dépeint une vie
vietnamienne traditionnelle rythmée par les saisons. Il nous
offre en plus une réflexion sur l'ambivalence de chaque chose.
L'action a lieu en 1940, sous le régime colonial français
qui était, d'après le réalisateur "une période
de fortes violences puisque les gens se sentaient oppressés
par la présence d'une force étrangère".
Ce contexte exacerbe les rivalités qui peuvent exister entre
les jeunes gens et leur volonté d'en découdre. Ce qui
frappe à la vision de Buffalo Boy, c'est d'abord son caractère
typiquement vietnamien. Les lumières, les paysages sont reconnaissables
entre tous. Des ciels plombés par les orages de mousson, une
lumière blafarde. Les scènes de nuit sont paradoxalement
plus belles car elles soulignent la rudesse des pluies tout en travaillant
les jeux d'ombre et de lumière. "Le film a été
tourné entièrement durant la saison de la mousson et
nous avons attendu les vraies averses pour tourner car nous n'avions
pas les moyens d'arroser sur une superficie assez vaste. Donc, exceptés
pour les gros plans, la pluie que l'on voit dans le film est réelle"
indique Nguyen-Vo MINH, le réalisateur.
Dans la culture vietnamienne l'eau a une double signification que
l'on retrouve bien dans le film. Elle est symbole de vie, de fertilité,
de purification mais d'autre part, elle apporte la mort et la destruction
comme dans ce film. Semant la mort d'un côté, récoltant
le riz et les fleurs de l'autre, l'eau a donc une double emprise sur
l'esprit vietnamien. De la même manière la relation de
Kim à son père est ambivalente. D'une part il lui doit
le respect et lui est reconnaissant pour ce qu'il lui apporte puis
lorsqu'il apprend ce qu'il a fait par le passé, il lui voue
une haine et une colère sans pareilles. "Lorsque Kim urine
sur le temple du Dieu de l'eau qui est très important au Vietnam,
c'est pour marquer sa révolte contre son père et ce
qu'il lui a appris" confirme le réalisateur. La musique
est aussi la relation du père à son fils, spirituel
ou biologique. "C'est également à travers la musique
(signée celui qu'on ne présente plus: Ton That Thiet)
que la relation d'amour s'exprime, que passent les sentiments comme
la frustration, la colère et la haine aussi". Le buffle
dans le Sud du Vietnam est également supposé être
la réincarnation d'une divinité bouddhique. Le caractère
sacré que prend la mission des gardiens de buffles est donc
indubitable et les événements qui peuvent advenir alors
deviennent sacrilèges. Est-ce la raison pour laquelle, Kim
ne retrouve pas le corps de son père après l'avoir immergé?
En fait, la fin nous offre une ouverture plus optimiste. Comme nous
dit Nguyen-vo MINH, "la vie est pleine de surprises, d'inattendu".
Allez tout expliquer!
C'est donc dans une atmosphère fortement emblématique
et spirituelle que se déroule l'histoire du Gardien de buffles.
Une atmosphère mystique empesée par la destinée.
Lorsque l'on demande au réalisateur s'il croit à la
destinée, il répond: "Je me suis souvent posé
la question durant le tournage du film, sur la raison d'être
de ce film. Et puis en fait, il y a des jours avec et des jours sans"
dit-il en riant. Pourtant, lorsque l'on connaît le parcours
de ce film, sa présence au Pusan Promotion Plan il y a quelques
années, ses multiples contributeurs et producteurs, on comprend
que la marche fut longue pour mener les buffles jusqu'à leur
destination et que la présence de ce film au 9e Festival de
Pusan n'est pas sans présupposer une certaine prédestination.
Quoi qu'il en soit il est heureux que ce film ait pu voir le jour
ne serait-ce que parce que dans le paysage cinématographique
actuel, c'est le cas dans ce 9e festival, on n'a jamais trop de ces
histoires et de ces rencontres uniques. |