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BRIGHT FUTUR / AKARUI MURAI de Kiyoshi Kurosawa  / JAPON / 2002 - GENRE : -
Avec ODAGIRI Joe, ASANO Tadanobu, FUJI Tatsuya
Bright Future / Akarui Mirai : 2002 - GENRE :Drame - NOTE: 7/10
Résumé
Yujita et Mamoru travaillent dans la même usine, une blanchisserie industrielle. Dans leur marginalité par rapport au quotidien des autres, ils ont pu créer une solide amitié. C’est ainsi que les deux amis partagent ainsi le secret de Mamoru qu’il cache précieusement chez lui. Une méduse vénimeuse dont il prend le plus grand soin. Son optique : l’acclimater à l’eau douce pour qu’elle puisse vivre sur les rives de Tokyo . "
Yuji (Joe Odagiri) a des rêves qui parlent d’avenir radieux, d’espoir et de paix. Il aime dormir pour retrouver ces rêves. Mais un jour, il ne rêve plus. Le quotidien l’insupporte, il travaille pour survivre mais sans y voir un levier quelconque dans son épanouissement. Il a un seul ami, Mamoru (Tadanobu Asano), seul être avec lequel il peut et veut communiquer. Cet ami élève une méduse qu’il désire acclimater à l’eau douce, soit sortir de son environnement naturel pour s’adapter à un environnement qui ne lui est pas prédestiné.
Yoji est fasciné comme Mamoru par cet animal presque fantastique finalement. Pourquoi ? Si on sent chez Mamoru un côté presque animal dans la perception de l’autre, mais utilisé à son avantage, chez Yuji l’aspect sauvage et non acclimaté prédomine. Mamoru sait jouer lacomèdie de la vie quand Yuji en est inapte .. Il est capable de ne pas engendrer de liens amicaux afin de ne rien donner à voir de sa personne. Il sait donner le change. Il fait l’animal social. Là où justement Yuji achoppe et ne peut faire dans le jeu de la comédie humaine.
Il montrera colère ou isolement. Il dévoilera donc de lui-même et se blessera sans le savoir. Avançant masqué sur la scène du rapport avec les autres, Mamoru tente ainsi de transmettre à son ami les moyens de faire avec ce monde tout en étant libre sans que celui-ci le sache .. Telle la méduse, magnifique de transparence, dansante et envoûtante, elle attire et fascine pour mieux piquer. Ce n’est jamais à coup de longs discours, surtout par des actes qu’il soumet, des codes qu’il développe pour communiquer avec cet être aussi perdu et désaxé que lui mais qui n’a pas su maîtriser sa colère envers la société actuelle .
Lorsque leur patron, pauvre petit chef dominé par son épouse et leur fille, tente de retrouver une nouvelle jeunesse, celui-ci commence à envahir la vie des deux amis, pour oublier son morne quotidien, Yuji décide un soir de défouler sa colère sur lui. Mais Mamoru s'en est chargé avant lui, et il se retrouve en prison.
Il demande à son ami de prendre soin de la méduse... Et cette méduse compte beaucoup aux yeux des deux jeunes protagonistes. Pas seulement parce qu’elle est à l’image de leur désir face à cette société mais aussi dans sa beauté immanente qui ne signifie rien d’autre que la mort. Elle est cette menace apaisante qui rôde dans les eaux calmes et transparentes du quotidien.
D’ailleurs, tout se passe comme si, lorsque les regards des personnages se posaient sur elle, le temps se suspendait. Une contemplation esthétique et morbide, symptôme d’une société au bord du gouffre.
Yuji va alors connaître la solitude, et une passion pour cet animal pour lequel il éprouvera les sentiments les plus ambivalents, puisque le renvoyant à lui-même et la bienveillance de son ami qui a su aller jusqu’au bout de ses convictions pour préserver les rêves refoulés d’acclimatation de son ami. Une quête vers les racines de Mamoru va alors avoir lieu afin de retrouver le père de celui-ci. De la rencontre de deux générations où un fossé abyssal les sépare, Mamoru sera le moyen de faire entrer en communication des générations qui ne se comprenaient pas. En effet, la génération qu’incarnent les deux personnages de Yuji et Mamoru ne sait en effet pas où elle va. Elle oscille entre le besoin de rupture et l’ennui. En perpétuelle débâcle, elle porte en elle le principe de sa propre fin, et celle de la société qui l’a vu naître.
A travers Yoji, le père comprend enfin son fils, à travers le père de Mamoru, Yoji comprend enfin les parents , cette génération si décalée et vivant dans un monde des plus fermés. Et grâce à cette méduse .. à cette dette déposée par Mamoru chez Yoji, prendre soin de la méduse, le père va alors aussi s’y investir, témoignant de son désir de réparation mais surtout enfin de la compréhension de son fils. Avec ce chemin menés tous les deux, une famille va se construire et une réconciliation de deux générations s’avèrent alors possible. Une redondance dans l’œuvre de Kiyoshi Kurosawa la famille est un lieu de mutation, forcément baigné de fantastique (Fantômes avec « Kaïro », arbre enchanté dans « Charisma »). A la fois vitale et fatale, elle est ici auscultée avec une intelligence rare.

Il y a donc deux interrogations majeures que pose le réalisateur dans « Bright future ».

Comment un animal sauvage et venimeux (la jeunesse japonaise actuelle) peut–il s’intégrer dans un environnement domestiqué , avec des règles, des devoirs et des comptes à rendre. Un monde où la liberté n’est qu’un idéal ?

Comment deux générations dont les rêves sont radicalement différents peuvent à nouveau se rencontrer et entrer en communication dans une optique d’avancée partenariale ?

Dans cette méduse, une parabole bien sur mais aussi une raison de vivre et d’espérer en un avenir meilleur .. Apprivoiser un animal sauvage en allant jusqu’à l’extraire de son environnement naturel pour lui en imposer un plus artificiel. Tout en restant cet animal libre et aux piqûres létales.

A l’image d’un Mamoru qui a réussi à rentrer dans la cour des pantins, sans montrer sa marginalité, son décalage d’avec les mentalités, les rêves d’une société où il ne se reconnaît pas. D’où le sacrifice pour que l’ami continue le travail d’acclimatation de la méduse .. qui lui permettra de croire en avenir plus radieux et .. à une possible adaptation au système tout en gardant sa sauvagerie qui lui procure une liberté, un libre arbitre essentiels et presque romantiques. Yoji devient donc la méduse de Mamoru.

Concernant le fossé générationnel, avec K. Kurosawa, adultes et jeunes : chacun voit son statut remis en cause. Sans être fasciné, on sent que le réalisateur prend parti pour la jeunesse. Il dit d’ailleurs de « Bright future » : « Je pense pas qu’il y a un avenir radieux quelque part. Vous pouvez le ressentir quand vous voyez une méduse nager vers l’océan à la fin du film. L’avenir radieux de chacun des personnages dépend de comment chacun des personnages la perçoit. Je ne voulais pas que mon film évoque une jeunesse résignée. Je pense que les adultes les voient ainsi. La société est un système. Il se peut que la jeunesse japonaise teste les limites de sa société. Quand ils dépassent ces limites, ils sont perçus comme des marginaux et finissent en prison. Et pourtant, je pense qu’il est indispensable de tester ses limites. »

C'est sans doute ce qui donne son souffle au film, son énergie et sa folie, ce qui le pousse vers un certain espoir. C’est en effet avec cette jeunesse que l’on avance, s’interroge . Les personnages se cherchent, sans nous imposer leurs méandres existentiels. Leurs chemins se dessinent presque à leur insu, a l'instar du charme de l’animal éponyme du film. « Jellyfish » trace ainsi son sinueux et lumineux chemin dans nos esprits et nous entraîne, presque malgré nous.

Ce film défend une vision de l’avenir obscure mais belle. Il reprend par là l’idée que le désastre peut conduire à un chef d’œuvre. Néanmoins, et là est le seul regret, on peut être pris entre deux sentiments : si l’on est happé par cette histoire de malaise dans la civilisation, on reste frustrés par une œuvre dont on a parfois la sensation qu’elle est inachevée dans le sens où des pistes particulièrement intéressantes n’ont pas été développées pour donner une épaisseur réelle au film. Néanmoins, elle aussi peut-être à l’image d’un « Charisma » qui glisse doucement sans trop donner de repères, saisissant le moment d’une révélation chez l’homme. K. Kurosawa est avant tout écrivain. Auteur, il n’est pas pour fouiller mais évoquer et laisser le lecteur comme le spectateur combler ce qu’il désire, ce qui dans ce cas peut permettre de le voir autrement qu’un film inabouti mais une invitation à la réflexion.

MatriXa


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