|
|
|
SPECIAL
FESTIVAL DE DEAUVILLE 2003
|
| COMPETITION : Blessing
Bell - Blind Shatf
- Eliana, Eliana - I
love you- Plactic Tree-
Love at 7/11 - Nothing
To Lose |
| PANORAMA : Doing
Time - Hero - Infernal
Affairs - Me Thao - The
Missing Gun - Saving my
Hubby - Suicide Club
|
| Blind
Shaft de Li Yang, Allemagne / Hong Kong/ Chine/ |
 |
Li
Yang, né en 1959 à Xian. D'abord acteur au théatre
puis étudiant au Beijing Broadcasting de Pekin en réalisation
entre 1985 et 1987, Li Yang étudiera ensuite en Allemagne
la littérature et reviendra à la réalisation
à Cologne entre 1992 et 1995. Il y réalisera quelques
documentaires. Ce sera enb france, au festival Deauville, en
2003 qu'il se verra décerner les titres suivants :
- Lotus du Meilleur film
- Lotus du Meilleur réalisateur
- Lotus du Meilleur acteur
- Lotus du public
- Lotus Air France
C'est un bon début ! Espérons que la France saura
reconnaitre son vrai talent lorsque le film sera projeté
dans les salles. |
|
|
Avec Li Yixiang, Wang Shuangbao, Wang Baoqiang, An Jing |
 |
BLIND
SHAFT : 2003
Genre : Comédie Dramatique
Note : 8/10
Résumé :
"Song et Tang sont de drôles de mineurs. Ils trouvent de
lor au fond dune mine de charbon. Un faux accident engendre
un vrai mort et cest reparti pour une nouvelle mine avec une
nouvelle victime. Cette fois ci, la victime attirée dans les
filets du duo est un môme de seize ans, grand, fort et parfaitement
naïf
." |
CRITIQUE
BLIND SHAFT "L'Ecole des relations humaines "
C'est un public, une presse et un jury unanimes qui lui ont décerné
collégialement la quasi totalité des prix de la 5e édition
du Festival du Film Asiatique de Deauville, dimanche au cours de la
cérémonie de clôture. Ce film présenté
un peu plus tôt dans l'après-midi a déclenché
un consensus sans précédent dans le festival, par l'engagement
de son réalisateur et la justesse des interprètes.
| C'est un autre matin d'hiver
dans l'une des nombreuses mines de charbon du Nord de la Chine,
dont la vétusté et le sous-équipement feraient
pâlir les bougnats les plus noirs des mines européennes.
Song Jinming (Li Yixiang) et Tang Zhaoyang (Wang Shuangbao)
débutent une nouvelle journée de dur labeur
avec le frère de Tang, Chaolu qui vient d'arriver quelques
jours auparavant. Dans les entrailles de la mine, au plus profond
du puits, Song et Tang frappent, tout à coup, Chaolu
avec une pioche et le tuent. Ils provoquent l'effondrement de
la mine et réchappent de cet " accident " |
 |
En feignant de se plaindre de la mort de son frère, Tang et
Song menacent de rapporter l'incident aux autorités locales
afin d'extorquer des fonds à l'exploitant de la mine. Craignant
que l'on dévoile ses manuvres illégales, le propriétaire
de la mine accède finalement à leur demande. Après
avoir quitté la mine, les deux partenaires se mettent en quête
d'un nouveau " parent ". A la gare locale pleine de chercheurs
d'emplois itinérants, Tang trouve un autre pigeon potentiel,
un garçon de seize ans de la campagne, Yuan Fengming (Wang
Baoquiang, Prix d'interprétation masculine). Son père
a quitté la maison pour trouver du travail mais n'est jamais
revenu. Yuan n'a donc pas eu le choix et il a dû quitter l'école
pour trouver du travail. Tang accepte d'aider Yuan à trouver
un travail et de l'introduire auprès des propriétaires
de la mine sous une condition, qu'il accepte de se faire passer pour
le neveu de Song.
Sur le plan de la réalisation, il n'y a rien à redire
à Blind Shaft. Alternant les couleurs froides (la mine,
la misère) et les couleurs plus chaudes (la piaule où
vivent les acolytes, la peau d'une fille lors du premier " massage
"), le film se décline à la lumière poussiéreuse
des communautés minières. Filmé en partie caméra
à l'épaule, en partie en plan fixe, selon " un
style cinématique de type documentaire " d'après
la note d'intention du réalisateur, Li Yang sait jouer
de la grammaire cinématographique pour accompagner le jeu des
personnages. Ceux-ci emplissent le film de leur présence.
 |
" Sans eux, sans leur aide et leur
support dans le tournage du film, il serait impossible d'être
là, ce film n'existerait pas ", nous confie le réalisateur.
Ils sont misérables, mémorables et émouvants,
ceux que le jury a choisi de remercier à travers Wang
Baoquiang. Le jeune Yuan Fengming, en adolescent
naïf qui se fait prendre au piège des deux compères,
résume à lui seul la tonalité de ce 5e
festival. Une école des relations humaines chaude et
sensible où chaque personnage apporte sa part d'humanité
à l'uvre cinématographique, apprend à
ses dépends, le mépris et l'abjection. Sauf que
cette fois, la sensibilité féminine, les valeurs
qu'elle véhicule, générosité, partage,
compassion sont incarnées à l'écran par
un jeune homme candide, un enfant oublié des siens, trahis
par ses pairs, une vie qui pourrait s'envoler en fumée
au moindre faux pas. |
Au-delà du fait qu'il soit, une fois de plus censuré
en Chine, que le réalisateur ait eu les pires difficultés
à venir à bout de ce film et qu'il sera maintenant mis
sur la liste noire, déjà longue, des réalisateurs
interdits de tournage en Chine, Blind Shaft s'inscrit dans la lignée
des Orphelin d'Anyang ou le Protégé de Madame Qinj,
dépeignant une réalité économique désastreuse
où les adolescents sont obligés de mendier ou travailler
pour aller à l'école, où les mineurs se tuent
à la tâche, " accidentellement " ou de façon
préméditée pour récolter quelques yuans
qui leur apporteront la subsistance de quelques semaines.
| Le jury ne s'y est pas trompé,
ils ont cédé à l'émotion et au discours,
ce qui fait, parfois il faut l'avouer, un immense bien. Ils
ont récompensé de manière collégiale
un film prometteur, un film politique qui critique avec verve
le système communiste de marché et tous ses excès.
La dérégulation à tous crins en Chine a
conduit les promoteurs à dégager des profits en
négligeant les règles de sécurité
fondamentales au péril de la vie de mineurs qui travaillent
pour 1000 yuans par mois. A ce prix là, la vie d'un homme
vaut trente mois de labeur. C'est cela que le public de Deauville
a voulu condamner. A deux pas de chez nous, à l'heure
des communications instantanées et des lignes long courrier
(Merci, Air France !), la vie d'un homme ça a un prix.
Et au cours actuel, validé par la COB (Communauté
des Organisateurs de Boucheries), ça pèse
pas lourd du kilo de chair. Chair à canon, chair à
charbon, même crime, même combat. |
 |
Un message envoyé par-delà le temps et l'espace au gouvernement
chinois et à ceux qui ne méritent pas vraiment mieux
actuellement : " Ces gens n'ont déjà rien à
bouffer ! Vos bombes qu'elles soient économiques ou militaires,
serviront à nourrir la haine et le désarroi de millions
de gens. Stop it ! " En ce 16 mars 2003, à la veille
d'une guerre qui rappelle honteusement celle du Vietnam, Deauville
a dit Non ! Non à la guerre, non à l'hypocrisie, non
à la corruption. Mis à part les artistes engagés
présents à de festival, il est dommage qu'ils ne l'aient
pas dit avec plus de conviction. Ils sont repartis ce soir là
dans quelques-uns de leurs tanks rutilants dont les pièces
proviennent en grande partie de la sueur de nos frères chinois. |
Mystere
Vic
Mars 2003 Festival du Film Asiatique
de Deauville
|
|
|