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BLACK de Sanjay Leela Bhansali - Inde - 2004
Avec
Rani Mukerji, Amitabh Bachchan, Ayesha Kapoor

GENRE : Drame
NOTE : 8.5/10
RESUME :

Née dans une famille anglo-indienne, Michelle McNally est une brillante et intelligente fillette de huit ans qui vit dans un monde de silence et de ténèbres, sans moyen d'en sortir. Avide de communiquer, son esprit vit dans une frustration qui débouche sur la violence, la destruction et les crises de fureur. Mais le destin a pour elle d'autres desseins. Professeur de 48 ans, Debraj Sahai est un excentrique alcoolique, consumé par sa fonction d'enseignant pour les sourds et aveugles. L'établissement où il exerce réclame son départ, arguant son alcoolisme et sa vue déclinante. Le proviseur de l'établissement garde confiance en ses capacités et l'envoie dans la maison des McNally pour s'occuper de la jeune Michelle. En rencontrant celle-ci, Debraj prend conscience que le seul moyen d'aborder son cas est de la choquer, d'être à la fois agressif et tendre... .

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Sanjay Leela Bhansali. Un nom qui a su franchir les frontières grâce au succès critique et commercial du chef d’œuvre Devdas, le film indien ayant bénéficié du plus gros budget. Un film qui tient quasiment du phénomène de société (le film a attiré plus de 15 millions de dollars) tant il a su émouvoir par sa dramaturgie toute la péninsule indienne mais aussi s'attirer les éloges internationales qui on su reconnaître la magnificence des décors, des costumes, l'interprétation du mémorable duo Shah Rukh Khan - Ashwarya Rai mais aussi ce sens aiguë du spectacle et de la narration. Dire que sa nouvelle réalisation est attendue relève alors de l'euphémisme tant les références à son film continue encore aujourd'hui d'affluer (ne serait-ce que sur le ton de la moquerie comme dans l'enjoué - mais parfois grossier - No Entry).
"Cette histoire est la mienne et celle de mon professeur. L'histoire de deux être qui se sont battus contre le destin et ont rendu possible l'impossible".
L'origine de Black tient en la visite du réalisateur au Hellen Keller Institute (pour les aveugles, sourds et muets) suite à la lecture de la biographie de ladite Hellen Keller narrant sa relation avec sa professeur qui lui apprenait à communiquer avec le monde extérieur alors qu'elle était privée de la vue, de la parole et de l'ouïe. Profondément touché, il décide d'en faire le sujet de son prochain film en mettant en scène l'histoire de Michelle McNally, une jeune fille vivant dans le silence et l'obscurité qui, au contact d'un professeur aux méthodes aussi expéditives qu'efficaces, va apprendre l'espoir, le courage mais aussi la dignité. Si la thématique est des plus louables, la propension du réalisateur à créer et attiser le drame sur son précédent long métrage peut inquiéter, tellement, face à la difficulté du sujet (qui prend ici des allures de quasi témoignage et de dédicace), une succession de scènes pathos tendraient à démolir toute la sincérité du propos.
Heureusement, Sanjay Leela Bhansali a eu l'intelligence d'éviter en partie les écueils propres au genre pour se concentrer davantage sur la relation qui se noue petit à petit entre ces deux êtres exceptionnels, sans céder à la facilité de provoquer la pitié du spectateur. Il s'agit toujours d'un film grand public, que l'on ira préférablement voir armé d'un bon paquet de mouchoirs, mais l'on s'éloigne complètement des standards bollywwoodiens qui ont fait la renommée du genre (notamment les films de Karan Johar : Kuch Kuch Hota Hai et La Famille Indienne).
Et sur ces points on peut dire que le réalisateur a su faire preuve d'une grande audace. Déjà la durée du film n'excède pas les 2 heures, un format relativement rare dans le cinéma bollywoodien où la barre des 180 minutes est régulièrement franchie. Ensuite, Black s'affranchit de toute scène musicale mais également de tout type de rebondissement pour laisser la trame se développer sur les seuls sentiments de reconnaissance mais aussi d'amour entre l'élève et son professeur. Enfin, et là il fallait oser, le rôle de Michelle McNally est confiée à Rani Mukherjee, l'actrice indienne aux allures de bimbo que l'on a pu voir en France dans Kuch Kuch Hota Hai, La Famille Indienne et dernièrement dans Veer Zara. Bref, il faut croire que le réalisateur a l'âme d'un joueur car le pari est osé dans une industrie cinématographique indienne où le formatage des films est relativement conséquent.

"L'alphabet commence pour le commun des mortels par A, B,C mais pour toi, il commence par N,O I,R".

Black est un film qui traite du monde du silence et de l'obscurité, et par conséquence de l'incommunicabilité. Cet handicap sensoriel se traduit chez la jeune Michelle par un quasi retour à l'état sauvage, agissant violemment et de façon imprévisible. Le travail du professeur va alors consister à traduire le langage oral par le toucher, et donner un sens à chaque tracé tactile. Au delà du simple apprentissage intellectuel, c'est aussi un code de conduite et de bonne tenue qui va lui être inculquée (parfois par de violentes méthodes destinées à la choquer et lui interdire de recommencer). Pour vivre dans une constante obscurité, il était important que le réalisateur soigne la photographie de son film afin d'éviter une surenchère de la lumière et l'on a donc majoritairement droit à des scènes "d'intérieur" qui viennent parfaitement contraster avec la pureté des décors extérieurs, symbolisés par un manteau neigeux d'une sublime poésie.

L'enfance de Michelle a été confiée à la jeune actrice Ayesha Kapoor qui livre là un jeu d'une justesse totalement incroyable, évitant de sombrer dans l'handicap grotesque comme avait pu le faire Richie Ren dans Fly Me to Polaris par exemple. Emouvante à souhait dans son désir de réaliser l'impossible, chacune de ses prouesses apparaît alors comme un véritable cadeau donné à son professeur dont l'émotion ne cesse de transparaître devant les efforts accomplis. Le flambeau du passage à l’âge adulte est tendu à Rani Mukherjee qui obtient là le plus beau rôle de toute sa carrière et démontre toute l’étendue de ses capacités d’actrice. Un véritable rôle de composition, à des années lumières de ses précédentes interprétations où elle avait tendance à jouer davantage des rôles que l’on peut qualifier de « à physique » et qui lui ouvre très certainement de nouveaux horizons d’interprétation. Quant à Amitabh Bachchan, que dire de ce dieu vivant si ce n’est qu’il insuffle une émotion et une sensibilité incroyable à un personnage pourtant assez rude. D’abord quelque peu antipathique pour la violence de son éducation, son engouement, sa volonté et tout simplement son dévouement envers cette fillette abandonnée de tous (sa famille la laissant grandir sans éducation et lui autorisant tout les caprices possibles) vont créer un personnage absolument attachant dont la sensibilité va petit à petit transparaître. On est ici bien loin de la figure de patriarche qu’il a régulièrement joué notamment dans La Famille Indienne. Bref, un véritable casting quatre étoiles envers lequel il serait bien difficile d’émettre le moindre reproche.
En contrepartie de toutes les évidentes qualités dont bénéficie Black, il subsiste quelques fautes de goûts comme celles d'un appui musical un peu trop poussif, notamment sur certains cadrages particulièrement émotifs, ou encore la présence de quelques scènes (relativement peu nombreuses toutefois) qui viennent un peu trop embellir artificiellement le récit (cette scène où Michelle est entouré de ses compagnons d'école qui l'écoutent tel un messie par exemple). On comprend bien la signification d'un tel procédé mais un peu plus de subtilité n'aurait sûrement pas nuit à l'ensemble. Toutefois il faut bien avouer que la dimension du film se charge d'absorber ces défauts qui - si l'on accepte le cinéma de Bollywood pour ce qu'il est essentiellement, à savoir un cinéma de divertissement bien souvent dramatique - paraissent finalement comme mineurs face à la puissance du récit.
En définitive, le sacre de Sanjay Leela Bhansali peut définitivement avoir lieu tant il fallait être doué pour donner un tel successeur à Devdas. Le réalisateur réussit le pari fou de livrer à ses spectateurs un film à l'intensité émotionnelle absolument incroyable, tout en parvenant à s'éloigner des standards bollywoodiens traditionnels en adoptant une narration à contre courant, plus courte, moins dynamique mais toujours aussi passionnante. D'ores et déjà incontournable pour quiconque s'intéresse de près ou de loin au cinéma indien, Black s'inscrit comme un nouveau sommet dans la jeune carrière du réalisateur qui n'a définitivement pas fini de nous surprendre.
Musashi - Septembre 2006
PROPRIETE DE CINEASIE 2006 - Musashi- Toute reproduction est interdite et doit faire l'objet d'une demande au rédacteur et au webmaster du site. Aucun texte ne peut par conséquent être reproduit sans autorisation préalable.



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