 |
GENRE : Drame
NOTE : 9/10
RESUME :
Deux histoires sentimentales s'entrecroisent : un tueur à gage vivant une liaison avec une jeune fille excentrique est secrètement convoité par sa partenaire. Ailleurs, un homme muet vivant seul avec son père rencontre une jeune femme qui vient d'apprendre que l'homme de sa vie va bientôt se marier. |
Découlant directement de Chungking Express, puisque l'histoire du tueur ici présent devait y être initialement présentée (mais le film aurait été trop long, c'est pourquoi Wong Kar Wai décida finalement de la supprimer), Les Anges Déchus est une oeuvre fantasque et hypnotisante, un sommet dans la carrière du réalisateur. Entêtant jusqu'à son dernier souffle, extrêmement visuel grâce aux talents combinés du directeur artistique William Chang (déjà présent sur Chungking Express) et du photographe Christopher Doyle, magistralement interprété, on tient ici ni plus ni moins qu'un essentiel du cinéma asiatique, à découvrir de toute urgence pour les retardataires .
Second épisode d'un trilogie entamé avec Chungking Express et se terminant avec Happy Together, Les Anges Déchus est une nouvelle exploration des sentiments amoureux tel qu'a pu le faire le réalisateur auparavant (inutile de changer une recette qui fonctionne si bien). L'histoire d'un tueur, solitaire, associé à une mystérieuse femme rêvant secrètement de sa présence, dont il ne sait rien si ce n'est qu'elle lui fournit les contrats d'exécution. Paresseux, il n'aime pas réfléchir et se contente d'exécuter, laisse la réflexion à sa partenaire qui décide, du lieu et du temps. Elle, fouille les poubelles et se procure du plaisir cérébral et charnel en l'imaginant à ses côtés, attendant désespérément le jour où ils pourront se rencontrer. Un trip imaginatif, créateur de sentiment, source de danger entre deux partenaires malfaisants.
|
|
Aussi, de par le statut professionnel des deux personnages, le début du film se veut mouvementé, le tueur enchaînant les gunfights contre une myriade de cibles afin de remplir les conditions de son contrat. Et force est de reconnaître que si le réalisateur sait filmer les sentiments, il sait également filmer l'action de manière très convaincante (on retrouve d'ailleurs parfois les flous utilisés dans l'introduction de Chungking Express). Cela, jusqu'au jour où il décide de tout plaquer.
 |
De l'autre côté de la ville, vit un personnage étrange, muet, et assez excentrique pénétrant chez les gens et les harcelant pour acheter ses produits. Cet homme ne connaît pas l'amour, il vit seul chez son père pour qui il nourrit de profonds sentiments. Mais sa rencontre avec une jeune femme dans un bar, suite à une conversation téléphonique factice avec une Birdy qui s'apprête à se marier avec l'homme de sa vie, va mouvementer le cœur du jeune homme. Wong Kar Wai signe donc ici une véritable fable contemporaine sur la notion de désir, et comme on peut assez régulièrement le retrouver dans ses films, se plait à comparer les différents rapports de force sentimentaux existants entre les sexes.
|
| Déconcertant par la voie de narration empruntée au début du film, Les anges déchus finit finalement par se ranger, plutôt tôt que tard, dans la construction narrative traditionnelle du réalisateur, à ce point près qu'il pousse ici la stylisation à un point auquel il n'était jusqu'alors jamais parvenu. Véritable bonheur visuel, chaque plan est un véritable régal pour les yeux mais aussi pour les oreilles avec une musique entêtante à souhaite qui participe à l'immersion totale dans cet univers de désir et souffrance. Il est marrant d'ailleurs de constater à quel point le réalisateur parvient à mettre en symbiose images et musiques (on se souvient encore du California Dreaming de Chungking Express, du Yumeji's Theme de In The Mood For Love ou du Main Theme de 2046 interprété par Shigeru Umebayashi) ). |
|
 |
Rayon acteurs, on culmine en haut des cieux avec à nouveau une interprétation magistrale de tout les comédiens. Certes, Tony Leung Chiu Wai, grand habitué de la caméra de Wong Kar Wai n'est pas de la partie, mais qui d'autre que Leon Lai Ming (Leaving Me Loving You, Dream of a Warrior...) aurait pu incarner avec tant de justesse ce talentueux tueur solitaire, avare en sentiments et paroles. Et que dire de sa partenaire, Michelle Reis (Les fleurs de Shanghai, Fong Sai-Yuk...), sublimée, magnifique, parfaite, au physique irréprochable...Où Wong Kar Wai a t'il pu apprendre à aussi bien filmer les femmes? (Cf. 2046)
|
Mais le véritable rôle de composition c'est bien Takeshi Kaneshiro (Returner, Le secret des poignards volants...) qui le livre, lui qui ne peut malheureusement pas parler (mais de toute manière ceux ayant encore l'usage de la parole ne parle pas tellement davantage...) et qui pour se faire comprendre doit parfois emprunter une attitude détestable ou du moins énervante .
Son personnage, perdu mais décomplexé, nous livre de véritables moments d'émotion tellement son désarroi est communicatif. Enfin, on retrouve parmi cette galerie d'acteurs déjà très bien fournie Karen Mok (So Close, King of Comedy, Le Roi Singe...), penchant féminin de l'exubérance de Takeshi Kaneshiro ainsi que Charlie Young (Les cendres du temps, New Police Story...) en femme aux rêves brisés qui va se charger de briser ceux d'autrui .
Serait-ce là le meilleur film de Wong Kar Wai? A vous d'en juger... |
|
|
|
|
Musashi
|
|