C'est en créant un site Internet imaginaire à propos
d'une chanteuse répondant au nom de Lily Chou Chou que Shunji
Iwai et en recueillant ensuite les impressions des internautes sur
certaines situations que le réalisateur Shunji Iwai est parvenu
à écrire le roman qui allait donner naissance à
All About Lily Chou Chou. Un véritable succès populaire
au Japon, auprès des jeunes surtout, qui malgré le délicat
thème du harcèlement, a su s'imposer à leurs
yeux comme le quasi reflet de leur vécu. Bénéficiant
de la toujours aussi belle photographie de Noboru Shinoda (aujourd'hui
décédé d'un cancer du foie), d'un scénario
empreint de dureté, amertume et sensibilité, et accompagné
d'une musique hypnotisante, le dernier film en date de Shunji Iwai
a toutes les cartes en mains pour s'imposer de lui même, telle
une évidence..
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Si April Story ou Love Letter
sont de très bons films, touchants dans tout ce qu'ils
ont de féminin, Shunji Iwai réalise pourtant avec
All about Lily Chou Chou l'uvre la plus belle et la plus
sensible de sa filmographie, en nous surprenant et nous émouvant
là où on l'attend le moins. Yuichi est un jeune
adolescent renfermé, timide, vouant une passion sans
limite à sa chanteuse Lily Chou Chou par le biais d'un
site Internet qu'il dirige sous le pseudonyme Philia. Là
bas il croise des internautes avec qui il discute de leur passion,
une issue de secours vis à vis d'une réalité
trop dure et trop âpre à son goût. La raison
à son mal être? Hoshino. Ancien brillant élève
devenu bourreau, il martyrise Yuichi, le frappant, le rackettant
et l'humiliant publiquement. |
Pourtant malgré les apparences, autant l'un que l'autre ne
supporte pas sa vie, et l'éther diffusé par la voix
de Lily, une certaine forme de bulle de protection éthérée,
un endroit imaginaire où seul l'esprit règne, est leur
havre de paix. Shunji Iwai nous présente sa chanteuse (que
l'on n'aperçoit que lors d'un extrait vidéo) comme une
déesse de culte, la musique prend le pas sur la religion, là
où la croyance en un Dieu permettait autrefois de lutter la
misère, la musique est ici représentée comme
l'évasion d'une jeunesse trop difficile à supporter
pour certains, un certain remède à la violence entre
écoliers dans les instituts japonais.
| Car si le regard
du réalisateur est rarement dur, souvent tendre, il n'en
reste pas moins que les thèmes abordés sont graves
et d'actualité. Loin des clichés moralisateurs
que certains réalisateurs auraient pu pratiquer, Iwai
filme avec une retenue classieuse, ne sombrant jamais dans la
dénonciation, n'émettant jamais quelques critiques
négatives que ce soit, préférant montrer
que démontrer la détresse vécue par certains
jeunes japonais et les actes incontrôlés, irréfléchis
qui peuvent en résulter. L'influence d'un Bully de Larry
Clark, en moins provocateur et plus esthétique n'est
pas si loin : harcèlement, violence, prostitution, le
portrait de la jeunesse japonaise est assez effrayant, mais
non moins réaliste comme nous l'ont prouvé d'autres
films tels que Bounce-ko Gals.. |
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Mais là où All about Lily Chou Chou surprend, séduit
et émeut c'est dans sa construction narrative, le film débute
au présent et remonte petit à petit les brulôts
du passé qui ont mené à cette inextricable situation
: on découvre Hoshino et Yuichi en tant que camarades, le début
de la petite délinquance avec les vols et surtout, catalyseur
du réveil du coté obscur du futur bourreau, un voyage
à Okinawa entre amis, avec la découverte et l'expérience
de la mort. Un dangereux flirt qui va convaincre Hoshino du caractère
éphémère de la vie mais aussi lui faire accéder
à une certaine forme de supériorité, d'ardeur,
lui qui a réchappé à la faucheuse. Alors la métamorphose
sera totale et l'ancien bon élève devient le voyou qui
nous est présenté, libérant toute sa rage intérieure
au dépend de ceux qui le soutenait. Une opposition entre deux
faces intérieures d'un même personnage impressionnante
tellement tout les opposent, un bouleversement caractériel
dramatique tellement il ne peut s'affirmer que dans la souffrance
des autres. Yuichi va peu à peu tomber dans un renfermement
total, un repli sur lui même qui ne trouvera pour échappatoire
que son forum Internet où sont présents de nombreux
internautes et notamment Blue Cat, un fan de Lily Chou Chou dont la
fréquence des messages sont le seul témoin de l'existence
de Yuichi.
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Les acteurs sont
en tout point excellents, le casting faisant à nouveau
preuve d'une audace particulière en affirmant des acteurs
débutants pour des premiers rôles, reléguant
malheureusement l'excellente Ito Ayumi (la petite fille "Ageha"
de Swallowtail Butterfly) en quasi arrière plan malgré
l'importance de son rôle. Une justesse de jeu incroyable
qui vient parfois briser la barrière invisible entre
le spectateur et le film, tellement les acteurs sont criants
d'authenticité. Visuellement c'est à nouveau un
véritable spectacle qui nous est offert, alliant la poésie
des images à la dure réalité des textes
(la scène des cerfs volants est absolument sublime tant
elle est touchante), prenant même quelques initiatives
réussies comme durant ce voyage à Okinawa où
une caméra numérique retranscrit de façon
très mouvementé le récit de leurs vacances.
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| Le réalisateur
reste fidèle à ses plans (Yuichi, seul sur une
route, contemplant l'affiche de Lily Chou Chou en est un excellent
exemple), et malgré la durée du film (près
de 2h20) n'apparaît à aucun moment brouillon (contrairement
à Swallowtail Butterfly où certaines scènes
paraissaient un peu plus brouillonnes notamment au niveau de
l'éclairage), bref un véritable plaisir pour les
yeux mais aussi pour les oreilles : composée par Takashi
Kobayashi, la musique de Lily Chou Chou est envoûtante,
hypnotisante, planante (l'amalgame avec Bjork reste cependant
énigmatique...), pour preuve le titre "Kaifuku Suru
Kizu" que l'on a pu entendre dans Kill Bill (la scène
où elle découvre la collection de katanas).
La dernière réalisation de Shunji Iwai est
sans conteste une réussite totale, qui confirme tout
le bien nourrit en ce réalisateur japonais. Un film
que l'on peut qualifier de "superbe", dans ses propos
comme dans sa représentation visuelle et sonore et
qui nous laisse impatient de découvrir le prochain
bébé du réalisateur. En attendant, il
reste toujours la possibilité de voir et revoir All
about Lily Chou Chou.
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