« A bizarre love triangle est une comédie enlevée et vraiment réjouissante, la bonne humeur transpire du début à la fin du film.
Si le film aborde les thèmes du saphisme, de la bisexualité, de la bigamie, ce n'est pas un film militant, pas de revendications, pas de combats à mener, pas de drame et de prise de tête sur le thème : « Ho la la, comme je souffre de ma différence dans cette société intolérante et bornée » ou « vous aller voir ce que vous aller voir ».
Evidemment le film n'est pas neutre, et balance allègrement tout un tas de situations non conventionnelles à la tête du spectateur bien pensant, mais sans jamais se départir de sa bonne humeur. Et les personnages étant très attachants, leurs comportements s'acceptent parce que là où le drame ennuie parfois, et la provocation dérange, le comique s'assure de l'adhésion du spectateur.
Le triangle est formé de trois personnages qui à priori n'ont pas grand chose en commun ; la femme, Eun Hee (Jo Eun Ji), coureuse, vénale, égoïste, inconséquente, véritable chieuse ; l'amante, Keum Sok (Kong Hyo Jin, mémento Mori, Président's last bang), professeur de Taekwon do, entière, sincère, généreuse, prête à faire n'importe quoi pour Eun Ji (passer des années en prison, voler sa mère adoptive, provoquer des rixes, faire l'amour avec un homme qu'elle ne connaît pas...) ; le mari, Doo Chan, star de la télévision, comique spécialisé en dessous de la ceinture, homme sensible et gentil qui ne demande qu'à avoir un enfant et vivre une vie tranquille. Eun Ji est naturellement au centre de l'histoire et des problèmes auxquels sont confrontés les deux autres personnages qu'elle manipule sans vergogne et envers qui elle se comporte en parfaite salope. Les deux autres ne se soumettent pas comme des carpettes, mais leur attachement quelque en soi la raison, à Eun Ji, font qu'à chaque fois, ils avalent, non sans rechigner, la pilule amère qu'elle leur réserve...Pourtant c'est à Doo Chan et Keum Sok que leurs relations devra, de prendre un tournant décisif, ce malgré la ferme opposition de Eun Ji. Doo Chan et Keum Sok, font preuve d'une tolérance et d'une patience exemplaire envers une femme dont on se demande si elle le mérite vraiment, mais parfois si naïve qu'elle en devient touchante. Cette attitude dictée par l'amour chez Keum Sok, par un certain conservatisme familial (oui, oui) chez Doo Chan sera payante puisque Eun Ji finira par abandonner son attitude égoïste, et être la base d’une relation harmonieuse entre tous les personnages. Le film là encore ne cherche pas à infliger de leçons au spectateur, c'est un film comique dans la plus pure tradition des grands films comiques dénonçant une forme d'intolérance, qui fait rire et sourire quelle que soit la situation (même quand il s'agit de l'agonie d'un enfant devant les caméras de télévision).
Les trois acteurs tiennent avec bonheur leur rôle, réussissant malgré leur caractère (la chieuse, le mari trompé, l'amante au caractère bien trempé) à ne jamais tomber dans la caricature, ils sont sympathiques, drôles parfois ridicules, mais jamais caricaturaux.
A bizarre love triangle n'est pas un film sensuel, on a le droit à un baiser, une scène d'amour en ombres projetées vraiment...basique. Et les scènes aux bains entre les deux jeunes filles sont des scènes de bains comme on peut en voir, quand on va dans n'importe quels bains publics en Asie. Amateurs de scènes érotiques et de scènes libertines saphiques ou triangulaires, passez votre chemin.
Là où le film se révèle joyeusement sans complexe c'est à travers ses dialogues (ou l'art de dire des énormités avec un naturel désarmant) , et quelques scènes de masturbations auxquelles s'adonne Doo Chan vraiment hilarantes, sans compter les divers accessoires érotiques qui parsèment le film (entre autre la scène dans laquelle Doo Chan découvre sa femme, un olisbo électrique rotatif à la main.) et c'est là, qu'il montre toute sa joyeuse amoralité.
L'épilogue est un peu télécommandé mais c'était à attendre, vu le type de narration choisi. Puisque c'est de l'année 2030, que le narrateur nous raconte l'histoire. Il intervient à chaque moment clef du déroulement des relations des trois protagonistes, les mettant ainsi en valeur. Il démontre aussi que la société évolue, en 2030, les greffes des yeux existent, les relations amoureuses « anormales» ne sont plus condamnées, elles sont même devenues légales ; moralité : la patience est une vertu toujours récompensée.
A bizarre love triangle propose juste une histoire « bizarre » (c’est un film coréen…et la Corée est une société très conservatrice pour ce qui concerne les relations familiales), il n'est pas militant, le trio vit sa relation avec beaucoup de joie et d'amour, et librement en dehors de toute condamnation, ou d'agressivité, de la part de qui que se soit. D'ailleurs aucun jugement extérieur n'est formulé par quiconque tout au long du film, à peine mentionne -t-on que Doo Chan a été licencié et mis à l'écart de sa profession, suite à la découverte de sa situation familiale.
C'est une comédie impertinente très réussie et très drôle servie de plus par une bande son à l'image du film : décalée et ensoleillée. |