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A journey from the fall De Ham Tran - 2005 - Vietnam
Avec
Kieu Chinh, Long Nguyen, Diem Liem, Nguyen Thai Nguyen, Jayvee Mai The Hiep, Khanh Doan, Cat Ly

Le film commence comme une légende, insaisissable. Il y a un millier d’années, on dit que Lê Loi alors roi du Vietnam reçut d’une tortue magique une épée pour bouter l’ennemi chinois en dehors des frontières et ainsi rendre la liberté et l’indépendance au pays. On dit aussi qu’y étant parvenu, Lê Loi victorieux devait restituer l’épée sacrée, et qu’un jour, alors qu’il naviguait sur le lac central la même tortue qui l’avait pourvu de l’arme magique sauta hors du lac et dans un mouvement gracieux reprit l’épée des mains de Lê Loi.

Cette légende est à la source du lac Hoan Kiem au centre-ville de Hanoi, dit le lac de l’épée restituée. Cette légende a connu des variations mais celle que raconte Bai, la grand-mère à son petit-fils Lai prend une portée très particulière. Lê Loi devient prisonnier d’un camp de rééducation vietnamien dans les années 70 et Lê Lai son premier général, celui qui s’est sacrifié pour son roi devient Long, le père de Lai, enfermé dans le même camp. Le combat pour la liberté du pays prend alors des tournures plus contemporaines et la forme d’une lutte fratricide .

A journey from the fall est un film très riche – presque trop – qui aborde l’histoire des boat-people sous un angle scénaristique inédit. Ham Tran fait de son premier-long métrage un plaidoyer contre les camps et les conditions inhumaines dans lesquelles les premiers réfugiés vietnamiens fuirent le pays sous la menace communiste mais il le traite comme un polar. Trois périodes coexistent en montage parallèle : 1975, la libération de Saigon et la fin officielle de la « guerre du Vietnam » – appelée guerre contre l’agression américaine au Vietnam – 1979 et l’horreur des camps de rééducation, 1981 et l’installation de la famille de Long en Californie.

On saute de l’une à l’autre pour suivre les parcours parallèles des deux parties de la famille séparées depuis ce jour où Long refusa de se plier au nouvel ordre venu du Nord et décida de résister en suivant son idéal d’un Vietnam libre et indépendant. Par un habile enchevêtrement des époques, on ne sait à aucun moment si les rumeurs qui courent sur l’une et l’autre sont vraies ou non puisque les trois périodes se répondent.

Long serait mort dans un camp du Sud avant 1979, sa femme Mai, son fils Lai et sa mère Bai aurait été capturés par les pirates dans les eaux de Malaisie. Le suspense monte jusqu’à ce que le spectateur puisse démonter lui-même ces rumeurs. Lorsque l’on connaît la vérité, le film se transporte alors quasi définitivement en Californie où l’on suit la vie des exilés. Cette partie du film pourrait être moins convaincante si elle n’était l’objet de retrouvailles improbables.
Phuong, qui partagea un moment la traversée de Mai dans les cales d’un rafiot veut oublier le passé et s’aperçoit qu’elle ne peut oublier ce père Lê Van Trai qui pensait à elle toutes les nuits en regardant sa photo avant de sauter sur une mine – les prisonniers des camps étaient souvent envoyés dans les champs sans protection pour les déminer. Son passé, Mai, ses brûlures le lui rappellent chaque jour. Elle tente de revivre presque aux dépends de son fils, de reconstruire une vie en terre étrangère. Cette partie du film est l’occasion d’exposer la vie des boat-people à leur arrivée aux Etats-Unis : petits boulots, recyclage, blanchisserie, problèmes d’intégration, des thèmes communs aux films américains qui n’ont peut-être pas leur place ici mais dont on pourrait difficilement se passer puisque le voyage de Long se poursuit en parallèle.
Un voyage depuis un camp, une évasion désespérée pour ramener à son fils la lettre et les dessins qui lui sont miraculeusement arrivés. Finalement le passé resurgit comme la tortue sacrée du lac Hoan Kiem, pour rappeler la promesse donnée. Comme un hymne à la vie. Ce film est dédié aux millions de boat-people à travers le monde et aux victimes des camps de rééducation. Adoptant une mise en scène très américaine qui contraste avec les budgets habituels des films vietnamiens, le film regorge de plans rapprochés, de scènes tournées caméra à l’épaule dans une lumière et un maquillage soignés. Mais même si le réalisateur prétend qu’il s’est efforcé de rester neutre politiquement, il n’empêche que le film reste très engagé politiquement et partial. Les seuls jugements de valeur du camp communiste sont apportés par l’officier et il caricature à outrance le régime. Il ne s’agit pas de nier ces actes horribles qu’ont connu à leur heure, France, Russie et même Etats-Unis récemment. (Guantanamo) Mais comme partout il y eut des bourreaux et des justes. Probablement aussi certains corrompus qui ont laissé partir des prisonniers. Grâce à Bouddha, comme dirait la grand-mère.

Aujourd’hui, ceux-là sont debout pour témoigner de l’horreur, de la maltraitance et des épreuves traversées par ces populations, pour conter leur histoire personnelle, comme celle de Ham Tran.

Un philosophe existentialiste cité dans le film, Emile-Michel Cioran a dit que toutes nos avancées sortiraient d’actes de violence intense. La discussion entre Long et son geôlier prend des airs de débats rhétoriques qu’on aurait aimé voir en d’autres lieux, en d’autres temps. A journey from the fall , c’est l’histoire d’une chute. Chute d’un empire, chute d’une idéologie tombée dans les turpitudes, une humanité qui sombre jusqu’à tuer ses propres frères de sang. Chute amère de millions de personnes dans les camps du Cambodge, du Vietnam, dans les mains des pirates. Et l’eau qui court, qui efface le sang et les traces du passé. Faites que ces larmes n’effacent pas le souvenir de vos frères vietnamiens restés dans ces camps et que ce film ne soit pas l’expression d’une vindicte amère mais bien le début de votre pardon mutuel.
Mystere Vic – 10e PIFF – Octobre 2005


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