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Edité dans la série « auteurs » de Canal + Video, Trois Saisons de Tony Bui – primé au festival de Sundance en 1999 par le Grand Prix, celui du public et encore de la photo – est un chemin fortement conseillé à tous les aventuriers et les curieux d’apprendre d’avantage, au travers de la pellicule, sur un pays aux douleurs encore présente : le Vietnam.
Le résumé donné par la jaquette et cité ci-dessus manque légèrement de justesse, voyez plutôt :
Au fil du temps et des saisons, nous découvrons le destin de trois personnages principaux et de plusieurs personnages secondaires. Ainsi est dévoilée la vie rudimentaire mais pleine de fraîcheur d’une jeune vietnamienne, Kien An, partit de sa famille afin de travailler sur un lac pour cueillir des lotus et de les vendre au marché de la ville. Cette étendue d’eau voit vivre en son centre son propriétaire malade et défiguré à la suite d’affres dont il tient le secret. Un jour, la jeune employé se décide à le rencontrer et lui redonne goût à la poésie, passion qui l’anime depuis toujours.
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Par la même occasion le cinéphile se plonge dans une seconde histoire, celle de Hai, conducteur de pousse pousse, à la dérive financièrement mais qui ne s’en soucie pas grâce à ses collègues de travail avec lesquels il passe du bon temps. Un soir, il prend comme cliente une prostituée concluant des passes dans de grands hôtels luxueux avec des hommes d’affaires occidentaux.
Elle se love alors dans ses rêves de Cendrillon, de devenir la chère et tendre d’un bel homme intensément riche, mais redescend vite sur terre lorsqu’elle retourne dans sa petite maison de fortune. |
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Hai en tombe amoureux et décide alors de tout faire pour la séduire et lui montre que les sentiments ne sont pas acquis par de l’argent mais par une profonde relation sentimentale.
Enfin dernière et longue épopée pour un petit garçon traînant dans les lieux les plus dépravés de la ville pour y vendre ses montres ou ses chewing-gums, le tout dans une petite mallette en bois. Tenus par la mafia locale il cherche absolument à dilapider sa marchandise et fait la rencontre d’un américain joué par Harvey Keitel. Celui-ci s’assit chaque jour dans le même café et cherche désespérément sa fille qu’il a eu à abandonner lors des conflits armés.
Toutes ces vies se diluent dans un même pays, une même culture, une même amertume, celle d’une nation en pleine évolution… |
Tony Bui, vietnamien de naissance, puis devenu 100% californien (et donc américain) possède à son actif déjà deux longs métrages dont le premier était Le Lotus Jaune (1995) et arrive d’un tour de force à saisir l’attention de son public et à la dynamiser par sa brillante réalisation.
Il dresse le portrait de plusieurs personnages tirés de l’ordinaire, qui petit à petit dessinent le contour d’une nation en pleine mutation où le temps est maintenant à la reconstruction économique et sociale..
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La vie difficile menée par les protagonistes est simplement le fruit de la guerre, ou plutôt des guerres. Ce sont ces conflits à l’origine de la pauvreté, des séquelles politiques, des cicatrices morales et physiques de cette nation.
Harvey Keitel, acteur remarquable et américain de surcroît, joue le rôle d’un G.I. cherchant sa fille. Il traîne sa carcasse de souffrance, à bout de souffle comme un homme à l’origine des blessures de ce pays en quête de rédemption et de pardon filial. |
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La société montre sa pauvreté dans le destin du petit garçon, du conducteur de pousse et de la prostitués, concluant sur de fortes inégalités dû à des pays étrangers qui se nourrissent des restes de cette patrie, prospérant sur des milliers de personnes au bord du gouffre. Ce constat d’une société qui pense déjà à oublier ses victimes pour se tourner vers une économie de marché est fortement contrasté par le sentiment de quiétude de chaque habitant, comme ci ceux là acceptaient dors et déjà les changements fulgurants, avec fatalisme et servilité. On est sombrement marqué par cette fracture sociale qui s’efface soudainement dans le sourire de ces habitants sans richesses matérielles mais qui détiennent dans leur cœur le plus beau des trésors : l’amour …
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Tony Bui réussit donc avec brio son développement social mais n’oublie cependant pas d’exceller dans le cahier des charges techniques puisqu’une grande partie des acteurs sont non professionnels et que de nombreux techniciens sont vietnamiens (difficile d’en trouver à certains postes). Mais le jeu n’en vaut il pas la chandelle ? L’imagerie est superbe, de la capitale à la banlieue, des étangs couverts de lotus aux chemins de fers déshumanisés.
On se remémora en toute fin la scène où la prostituée se trouve sous les arbres en fleurs comme idée souvenir de long métrage. Un drame heureux, un changement immobile, des sourires tristes pour un bonheur insondable. Trois Saisons nous laisse ainsi méditer sur sa densité sociale et sur l’avenir d’un pays contraint entre une politique de soumission et une mondialisation galopante... |