Yukihiko Tsutsumi et Ruyhei Kitamura (« Versus ») ayant rendus leurs court-métrages pour le projet « Jam Film » (2002) en un temps record, le producteur Shinya Kawai leur proposa à tous les deux de réaliser chacun un long métrage . Il s’agirait de créer une histoire avec p as plus de trois personnages, sept jours de tournage, un budget minimaliste et un décor unique avec la mort d'au moins un des personnages. De ce concept nommé « The Duel Project » vont naître « 2LDK » de Tsutsumi, et « Aragami » de Kitamura (2003) .
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Avec « 2LDK »,Tsutsumi pose déjà une unité de lieu dans son titre. En effet, au Japon, les appartements sont classés en trois catégories en fonction de leur taille : 1DK (1 chambre, salle à manger, cuisine), 1LDK (1 chambre, salon, salle à manger, cuisine), 2DK (2 chambres, salle à manger, cuisine). L'appartement dans le film étant particulièrement luxueux, il pourrait facilement gagner la classification 2LDK (2 chambres, salon, salle à manger, cuisine). De plus l'appartement où se déroule l'action est numéroté 2LDK.
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Quant à l’argument , il est simple : A quoi rêvent les jeunes nippones aujourd’hui ? A la même chose que les jeunes occidentales de leur génération : aux paillettes, au star system, à la gloire facile et esthétisée.
Mais lorsque deux de ces jeunes femmes ayant le même rêve vivent ensemble que peuvent-elles bien avoir à se dire? Voilà ce à quoi Tsutsumi s’engage à nous raconter avec « 2LDK »
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Filmé sur un mode clinique, sec et glacé, au plus près des acteurs, 2LDK est un huis-clos entre deux jeunes femmes. L’une est présentée comme effacée, vivant mal son statut de pauvre provinciale quand l’autre est radicalement opposée . Femme plus proche de la femme occidentale, elle veut une place à part entière dans un monde d’hommes et sait utiliser les armes artificielles que la beauté et l’élégance forment pour obtenir ce qu’elle veut .L’une rêve d’auteurs et de textes forts quand l’autre aspire juste à briller mais finalement à exister aux yeux de tous comme sa comparse. De ce tableau, peut découler une habile lutte des classes dans un loft où sont obligées de vivre ensemble deux comédiennes prêtes à tout pour obtenir le rôle de leur vie. |
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En premier lieu, le film montre une cohabitation cordiale entre deux jeunes filles qui essaient de maîtriser leurs sentiments l'une envers l'autre. Elles ne s'aiment pas mais sont des êtres sociaux obligés de donner le change comme l’exige le monde civilisé. Via leurs pensées données à entendre, on déguste cette haine mêlée de mépris et de rivalité et la tension monte au gré des mots qui blessent. Tout l’art féminin de faire mal avec le verbe est habilement mis en relief. Aucune ne laisse le dernier mot à l’autre, œil pour œil et dent pour dent, la loi du talion est la seule à régir cette guerre La caméra filme fidèlement le malaise croissant en se posant d’abord pudiquement sur chacune d’elles, presque à la manière japonaise avant de progresser lentement mais sûrement vers des mouvements plus vifs synchrones avec le duel physique que vont amorcer les deux colocataires.
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| Avec beaucoup d’adresse, Tsutsumi ne nous permet pas de nous reposer sur l’une des actrices. Aucune n’est suffisamment affable pour que sa cause emporte notre empathie. Même si une ébauche d’humanité est esquissée chez celle qui incarne la bourgeoisie comme pour lui faire pardonner d’être partie avec de meilleures cartes dans la vie. Il n’y a donc aucun répit, la spirale de la violence va pouvoir prendre tout son essor. |
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Rejouer la lutte des classes entre les quatre murs d’un appartement ; qui plus est entre deux jeunes femmes, la gageure est alléchante. Il faut en effet reconnaître que Tsutsumi a été très pertinent dans son choix d’user de deux personnages féminins pour illustrer un duel. Ce parti pris là permet, bien sûr, de provoquer une certaine anxiété à mesure que les acteurs vont aller plus loin dans une violence, qu’on associe difficilement à la féminité. |
Mais voilà , encore faut-il avoir au-delà du concept des éléments pour nourrir la guerre sur la durée. Et c’est là qu’achoppe tristement 2LDK. Ce qui est assez dommage quand on pense à une idée de base aussi géniale qu’évidente.
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La bataille est bien trop longue . Si celle du verbe est excellente, celle du poing est rapidement pathétique. Les deux héroïnes jeunes ne savent même plus sur quoi se rabattre pour se faire mal physiquement, on passe d’une tronçonneuse à des œufs, en passant par la batterie des ustensiles de cuisine en contournant la logique même du crescendo porté par la colère On en arrive à penser que ces personnages sont surhumains tant ils peuvent encaisser de coups et se relever ipso facto pour répondre à leur tour. |
De par cette appétence à donner à voir deux femmes qui se battent, sans même faire preuve de bon sens quant à la hiérarchie des coups portés, tels dans les combats de catchs boueux, Tsutsumi trahit une représentation encore archaïque des femmes. De ces défauts il en résulte un moyen, voir long métrage, qui aurait assurément gagné à être plus court pour ne pas rester au centre de cette étrange balance du film qui pêche par excès ou manque d'ambition. On aura cependant envie de penser à la première option, quand on sait qu’il se propose tel le « nouveau Battle Royale » dont il n’a retenu que la violence et pas sa motivation désespérée. |